Ephemere Kashgar
Ephemere Kashgar
20 au 29 mai 09
Voir Kashgar et mourir... avec elle.


Une oasis isolée aux confins du désert, dominée par les pics gelés du Karakorum. Un vent chaud et sec qui transforme les nuages et se nourrit de poussière. Un soleil assommant qui joue et rit de son propre reflet.
Nous atteignons la Kashgarie, coeur du territoire ouïghoure, située dans la province du Xinjiang, à l’extrême ouest de la Chine.
Jadis, important carrefour situé sur la route de la Soie, à sa simple évocation, Kashgar enflamme les esprits et fait danser l’imaginaire. Soies chatoyantes et bariolées, bazars exotiques, marchands aiguisés, bijoux et trésors inespérés ... . On la couvre d’imageries étourdissantes, comme on vêtirait un sultan de ses broderies d’or. Kashgar, sauvage et précieuse. Orientale plus qu’asiatique. Libre par respect.


Sous le brasier incandescent d’une Chine trop gourmande et répressive.
Sous les marteaux, les coups de pioche et les machines à démolir.
Sous les larmes cachées et les coeurs tailladés du peuple qui l’a fait naître.
Aujourd’hui, alors que l’ancienne Kashgar se vêt timidement d’un suaire blanc, la nouvelle Kashgar s’exhibe fièrement dans ses habits aux coutures parfaitement chinoises, sous le regard bienveillant de la statue de Mao.
Où es-tu vieille Kashgar ? se prend-on à murmurer.
Alors, à force d’insistance, on finit par la découvrir. Fragile, incertaine mais qui respire, encore ... jusqu’à quand?
Elle nous raconte son histoire.

Nous nous arrêtons pour contempler cette simple scène pleine de vie, alors que, quelques ruelles plus loin, le glas de la modernisation a sonné.

La vie bat de son plein et pour preuve, les marchands d’épices et de légumes gonflent la voix dans la fumée qui s’élève des stands de kébab, de lagman et autres bouts de graisse suintant dont les musulmans raffolent tant.
Au détour de la rue, les boulangers ont déjà la main à la pâte et leurs fourneaux dégagent les délicieux parfums du pain encore chaud et croustillant, que les passants s’arrachent à vive allure.
A la voir ainsi, Kashgar resplendit, illumine, rit.


Des ruines de briques, la Chine façonne une ville nouvelle, parée de petits carreaux, de “faux-vieux”, qui plaira aux touristes chinois venus payer pour visiter et photographier l’ancienne ville barbare.

La nouvelle Kashgar est propulsée vers des dimensions démesurées, indigestes, si caractéristiques de l’ambition chinoise.
Dominant cette effervescence, la mosquée Id Kah, l’une des plus grandes de Chine, s’est tue à jamais sous la contrainte.
En l’espace d’une dizaine de jours, nous aurons pu voir et ressentir Kashgar vivre ... et mourir.
Ecouter son coeur battre et recueillir ses derniers souffles.
Qu’adviendra-t-il d’elle dans quelques années?
Kashgar, où es-tu?

Nous quittons la ville le coeur serré, jetant un dernier regard sur cette cité au coeur d’une région dont l’importance stratégique (frontière avec 8 pays) et les ressources du sol ont définitivement condamnée.
Sur le chemin, un homme dont la maison n’est plus qu’amas de briques dessine une larme invisible sur sa jour pendant que l’autre main rejoint son coeur. Point de paroles nécessaires pour entendre le cri perçant de sa douleur.
Kashgar pleure.