En Chine tibetaine
En Chine tibetaine
20 au 29 mai 09
Des plateaux tibétains aux portes du désert ...
Le mois d’avril touche à sa fin, Kathmandu respirera-t-elle un jour les effluves du printemps nouveau ou demeurera-t-elle engoncée dans sa robe d’immondices? Nous quittons la chaleur et la pollution de la capitale népalaise le coeur gonflé certes, mais non sans une certaine réjouissance à l’idée de respirer de l’air nouveau.


Comme pour nous permettre une ultime fois de contempler les indescriptibles beautés du serpent des neiges, notre vol pour la Chine survole le Tibet et fait escale à Lhassa. Depuis les airs, le spectacle de la chaîne himalayenne est sensationnel, avec ses pics enneigés qui déchirent la toile céleste, semblant faire fi de la gravité et s’imposant telles des statues guerrières veillant sur un vaste territoire impénétrable.
Les quelques minutes de vol au-dessus du plateau tibétain sont à couper le souffle. Traversées par des rivières émeraude qui serpentent et façonnent le paysage, des étendues sauvages et désertiques si difficiles d’accès défilent sous nos yeux. Ca et là, quelques petits villages perdus au milieu d’un horizon sans fin.
Nous atterrissons à Chengdu, capitale de la province du Sichuan, située au pied du plateau tibétain. Au loin, la silhouette élancée des buildings et des constructions nouvelles n’est qu’un préambule au choc culturel qui nous attend.
Silencieux, happés par cette première vision de modernité que nous offre la Chine urbaine dès les premiers kilomètres, nous observons, subjugués, notre nouvel environnement. A n’en point douter, elles semblent subitement loin les ruelles terreuses et poussiéreuses de la capitale népalaise ... .
Perdus comme deux fourmis dans un champ de maïs, nous nous baladons dans les rues de la ville, le regard balayant l’horizon, comme pour mieux s’imprégner de toute cette nouveauté si caractéristique, somme toute, des pays industrialisés. Avec ses larges avenues, ses supermarchés aux dimensions presque absurdes, ses shopping center bondés, ses restaurants et bars branchés, ses rues balayées, Chengdu est un brusque retour dans le monde de la consommation et du progrès. Quelle étrange impression que de voir défiler silencieusement vélos, scooters et bus électriques, alors que l’incessant murmure des klaxons népalais s’estompe avec difficulté de notre souvenir.
Nos oreilles s’ouvrent ... .
L’air qui infiltre nos poumons est humide et chaud. Mélangé aux effluves qui s’échappent des cuisines des petits restaurants locaux, il nous apporte une bouffée nouvelle. Aigre. Doux. Piquant. Parfumé. Un nouveau voyage a commencé.

Il prend rapidement de l’altitude et nous emmène sur la longue route qui s’enfonce au coeur du Sichuan et rejoint les contreforts de la frontière tibétaine.
“La traversée du Sichuan est plus difficile que la route du paradis” écrivit Li Bai, poète de la dynastie Tang.
Alors, si nous y parvenons, nous pourrons mourir en paix.
Cependant, il nous faudra déjouer les restrictions de passage imposées par le gouvernement chinois qui reste fermement sur ses gardes quant à l’approche des touristes de la zone tibétaine.

Là-hauts, sur ces hauts plateaux perchés à plus de 4000 mètres d’altitude, le Chinois han se fait rare. la Chine semble loin, comme ensevelie sous des paysages, des traditions et une culture qui ne lui appartiennent pas et qui se fichent d’elle. L’Histoire, ma foi, raconte qu’il en est autrement ... . Ici s’ouvre l’immense territoire du Kham.

L’allure est dictée par celle des chevaux que les Khampas, hommes fiers et robustes aux yeux rieurs, chevauchent sur de vastes étendues encore durcies par le froid où des yaks s’arrachent les premiers brins d’herbe qui péniblement voient le jour.
Accroupies devant leur foyer, les femmes aux cheveux magnifiquement parés de bijoux précieux, veillent sur leur théière qui transpire sur les braises rougeâtres. Leur regard est timide, leur sourire si délicat. Dans leur robe traditionnelle, elles portent leur main à leur bouche quand nous leur sourions. Mais l’expression de leurs yeux noirs étincelants les trahit et les sillons qui se dessinent au plissement de leurs paupières nous racontent des milliers d’histoire.

La rencontre avec ces Tibétains en terre désormais chinoise est toujours chaleureuse et d’une simplicité touchante, le geste vient au secours de la parole et les regards deviennent conteurs de fabuleux récits.
Ainsi, des maisons de pierre gardées par d’anciennes tours de guet de la région de Danba, à l’imposant monastère de Ganzi, au détour du magnifique lac émeraude de Manigango ou encore circambulant avec les dévots le long des murs de la fameuse imprimerie-lamaserie de Dégé, les petites rencontres anonymes ne manquent pas et égayent nos journées plongées dans un climat encore rigoureux.


Nous passons plus de deux semaines à découvrir les villes et villages des provinces tibétaines reculées du Sichuan où le touriste ne s’aventure encore que très rarement.
D’un chemin éventré et poussiéreux, nous roulons désormais sur une route parfaitement aplanie et bitumée qui commence à quelque 4000 mètres d’altitude, signe incontestable de la présence chinoise. Derrière nous, les montagnes déclinent lentement et les plaines gelées se perdent dans la brume matinale. Nous quittons les hauts plateaux et plongeons davantage vers l’ouest du pays, là où la roche se fait désormais sable et rejoint la légendaire Route de la Soie.
