Du sable au bitume
Le 25 novembre, nous atterrissons aux Iles Andamans, îles proches de la Thaïlande appartenant à l’Inde.
Port-Blaire, la capitale, porte toutes les caractéristiques d’une ville indienne; bruyante, sale et étouffante. Difficile d’imaginer qu’à quelques heures de bateau, de splendides plages de sable blanc s’étalent sur des kilomètres le long d’une jungle épaisse.
Notre étape à la capitale doit nous permettre de réserver des billets de bateau et de retirer suffisamment d’argent pour vivre 3 semaines, car sur les îles, aucun retrait d’argent n’est possible. L’objectif paraît d’une simplicité accablante mais il nous faudra, en réalité, de nombreux aller-et-retour au guichet des réservations, 5 ou 6 trajets en rickshaw à différents endroits de la ville, se réveiller inutilement à 04h30 du matin, et passer près d’une heure dans une file d’attente, avant de pouvoir obtenir les précieux bouts de papier. Pffff... vivement qu’on quitte la ville.
Après trois heures de bateau, nous accostons sur Havelock Island, supposée être la plus développée de toutes. Nous traversons le village principal, où s’affairent les vendeurs de légumes, d’épices ou de chips. Les magasins s’ouvrent, après une longue sieste de 13h à 16h qui aura donné au village des airs de déserté.
Très vite, nous atteignons la rive où campe une petite série de logements sommaires. Hutte de bambou, toit en feuilles de bananier, petit balcon en bois (le tout pour 2.20.-), notre choix est rapidement fait et nos sacs défaits. A quelques mètres de nous, une mer calme et turquoise vient lécher la bande de sable
blanc. Le long de celui-ci, la jungle, rien que la jungle, épaisse, avec ses perroquets et ses énormes et vieux arbres aux racines tentaculaires. Aucune construction d’aucune sorte ne vient ternir ce splendide tableau. Depuis le tsunami, il est interdit de construire à moins de 150m du rivage. Autour de nous, rien d’autre que la parfaite harmonie de ces éléments naturels. Digne d’un décor parfait! Jamais nous n’aurions imaginé à quel point ce serait encore sauvage et préservé. Rien à voir avec tout ce que nous avions déjà vu. Pourvu que cela puisse perdurer avec le temps et l’impact du développement.
Masques, tubas et palmes aux pieds, nous arpentons les lagons bleus avec l’espoir de voir apparaître des poissons arc-en-ciel, des étoiles de mer, des tortues peut-être. Nous explorons le monde sous-marin et sa diversité étonnante. Face à un “gang” de poissons Napoléons, on se sent soudain tout petit et sans défense, au milieu de cette étendue aquatique que nous ne maîtrisons pas.
Marc profite de l’occasion pour faire son 2e brevet de plongée (Advanced) et part même à la découverte d’une épave datant d’avant la 2e Guerre mondiale, pendant que je patauge gaiement à d’autres profondeurs.
Nous coulons dans ce bonheur iodé pendant 2 semaines puis rejoignons Neil Island, située à
environs 2h30 de bateau. Cette fois, l’île est encore moins peuplée et moins développée. Il n’y a que 3 guesthouses et que quelques petits restaurants! Les habitants se déplacent principalement à pieds ou à vélo mais après une trentaine de minutes seulement, le chemin finit, la mer reprend ses droits.
Dans le guesthouse où nous logeons, nous faisons très vite la connaissance des quelques autres touristes qui y séjournent, vieux routards nostalgiques qui font chanter leur guitare, jeunes aventuriers à la recherche du
paradis, initié resté “croché”, à la recherche d’une identité qui lui conviendrait mieux. Même d’autres petits suisses, que le voyage a rassemblés. L’esprit est en quelque sorte communautaire, où chacun se connaît, où tous se rassemblent et mangent ensemble dans le meilleur restaurant de l’île, chez Chand’s. J’en profite pour traîner dans les cuisines et apprendre quelques savoureuses recettes, dont l’exquise “fish curry with coconut sauce” qui remporte la palme d’or.
Vous l’aurez compris, difficile, après trois semaines, de quitter un tel havre de paix et de quiétude. Il le faut pourtant bien, car notre visa indien expire bientôt.
En quelques petites heures, le sable blanc est devenu bitume, la jungle luxuriante s’est transformée en une masse humaine, le son des vagues n’est plus que le raisonnement des klaxons et le ciel s’est voilé d’une épaisse couche grisâtre. L’air est frais à Calcutta!
Il ne nous reste que quelques jours en Inde, juste le temps d’entr’ apercevoir quelques facettes de l’imposant passé colonial dont témoigne Calcutta, immense ville énergique et pleine de charme. Le long du marché aux fleurs qui borde les rives de la Hoowgli, nous réalisons qu’il ne nous reste malheureusement pas assez de jours pour explorer et découvrir les innombrables joyaux de la capitale du Bengale.
Une nouvelle raison de revenir un jour ... .
En chemin vers le Népal, nous faisons une dernière halte dans la petite station coloniale de Darjeeling (2000 m.) où les tasses brûlantes diffusent les saveurs du thé mondialement apprécié.
D’ici, la vue sur la chaîne himalayenne est grandiose, cependant, nous n’en verrons que brièvement quelques pics enneigés car la brume des jours d’hiver s’est enlacée comme une écharpe de soie autour des géants de pierre. Même un réveil à 04h du matin et l’attente durant deux heures du lever de soleil n’auront pas suffi à nous dévoiler l’époustouflant spectacle de “l’ascension terrestre”.
Nous musclons nos mollets le long des ruelles abruptes qui zigzaguent dans la ville et tentons de réchauffer nos corps engourdis en sirotant des quantités de thé. Malgré cela, nous souffrons tout de même du froid et de notre bien piètre équipement d’hiver! Il va falloir racheter des couches plus épaisses si l’on ne veut pas devenir statues de glace en arrivant, le 27 décembre, à Kathmandou.
Le 26 décembre, nous quittons l’Inde, après 5 mois et demis.
Cela fait maintenant 9 mois que nous sommes sur la route et il y a encore tant que nous voulions découvrir. Des montagnes du Népal, nous espérons pouvoir rejoindre ensuite les terres gardées du Tibet et atteindre les chemins de l’empire du Milieu. De là, nous viserons probablement l’Asie du sud-est et les îles du Pacifique, si l’envie de voyage persiste.
Nous ne sommes qu’au commencement de notre “tour d’horizons”.