Souffle du nord
Souffle du nord
9 au 28 avril 2008

Après avoir passé plus de deux semaines avec nous, nos amis, Isabel et Adrien, nous quittèrent sur les quais d’Amsterdam. Pour eux, le travail devait reprendre. Pour nous, la route s’enfonçait vers les pays des lacs et des fjords.
Cela faisait presque quinze jours que nous nous déplacions uniquement à pieds et en train. Ce rythme nous convint de mieux en mieux et nous profitions des longues heures de voyage pour nous plonger dans des récits palpitants narrant les aventures extraordinaires d’évadés du goulag à travers la Sibérie (A marche forcée) ou encore celles de ce jeune ayant décidé de renoncer à la société marchande dans laquelle il grandit pour affronter les vents et le froid du grand Nord, là où la solitude est la meilleure compagne (Into the Wild). Chacune de ces lectures éveilla en nous une certaine admiration, voire une fascination pour ces aventuriers partis en quête de liberté.

En chemin vers la Norvège, nous fîmes une courte halte au Danemark, à Copenhague, et vécurent notre première expérience de couchsurfing (réseau mondial qui consiste à mettre son canapé (couch) à disposition des voyageurs en visite dans la région, afin de pouvoir rencontrer des gens, partager des expériences interculturelles cosmopolites). Court et plutôt étroit, le canapé qui nous fût offert nous promettait une nuit quelque peu agitée. Néanmoins, notre hôte, un jeune danois de 25 ans, nous réserva un accueil chaleureux et nous partagèrent une soirée sympathique. Nous n’eûmes, malheureusement, que très peu de temps pour faire plus ample connaissance, son programme étant chargé mais il nous laissa volontiers son appartement pendant son absence. Nous fûmes très touchés de sa confiance et de son hospitalité.

Finse, 1222 mètres. Une véritable mer laiteuse s’étendait devant nous. Quatre à cinq mètres de neige immaculée brillait sous un soleil généreux. Le train que nous prîmes depuis Oslo à destination de Bergen (Norvège) emprunte parmi les plus incroyables routes du monde, dit-on.

Longeant un glacier sur plusieurs kilomètres, comme pour laisser à l'Homme le temps de contempler les fragiles vestiges de la période de glaciation, le train, poursuivant sa course effrénée, plonge ensuite dans un somptueux décor de lacs et de fjords. La pureté de ces eaux qui pénètrent la terre a quelque chose de sacré, qui transcende la simple admiration et se rapproche davantage de la béatitude. De véritables chef d'oeuvres de la Nature que les mots peinent à expliquer ... Ainsi, nous nous laissâmes bercer par la beauté du paysage des kilomètres durant et, quand bien même l'esprit se sentit fatigué par cette longue journée de train, les yeux savourèrent chacune des merveilles qui leur fut donnée de voir.


Notre halte à Bergen n'eût sans aucun doute jamais été aussi intéressante et enrichissante sans les innombrables discussions que nous eûmes avec notre hôte, Svein. En effet, retiré géographiquement du reste de la population vivant à Bergen, ce "communicateur" (comme il aimait à se présenter) quelque peu marginal, mais terriblement attachant, nous conta l'histoire de son pays mieux que quiconque, laissant apparaître dans son discours une opinion souvent tranchée, parfois dure mais toujours emprunte d'une touche d'humour relativisante. A l'écouter, nous serions probablement restés trois mois sur son île, mais il nous restait encore la Suède et la Finlande à découvrir avant que n'expire notre billet InterRail pour l'Europe. Les au revoirs furent donc particulièrement difficiles mais nous nous promîmes de revenir un jour.


Cette traversée fut une expérience culturelle fort intéressante et particulièrement amusante. En effet, le billet ne coûte que 9 Euros et c'est l'occasion, pour les Finlandais, de passer un agréable moment festif à moindre coût. A bord, toutes les marchandises sont hors taxe, alcool y compris! Vous imaginez donc facilement la suite: les vieux comme les jeunes font la traversée, parfois même juste un aller-retour sans halte en Suède, et profitent de l'occasion pour descendre des litres d'alcool ainsi que pour faire leurs achats. A neuf heures, lorsque le magasin hors taxe ouvre ses portes, c'est la ruée vers les rayons d'alcool, là où le choix des différents breuvages est, avouons-le, absolument impressionnant!
Tous les clients sont munis d'un petit chariot qui leur permet de transporter un nombre fort élevé des caisses d'alcool sans avoir à se courber le dos pour les transporter.

Sauna, bars, casinos, disco, karaokés, cinémas, tout est fait pour divertir le client. A neuf heures du matin déjà, les pas de certains passagers se firent chancelants, les voix s'élevèrent, entamant des chants patriotiques et devenant, au fil des heures, plus que de vagues balbutiements indistincts. Par deux fois, l'on vint nous baragouiner des histoires en un finlandais devenu probablement approximatif. Ce fut incroyable de voir cela. Bientôt les décibels montèrent de quelques crans, les yeux devinrent rieurs, les gestes imprécis. A huit heures le soir, la fête battait son plein alors que nous accostions en Finlande.

Au débarcadère d'Helsinki, nous rencontrâmes Hans et Nata, couchsurfers qui nous accueillirent dans leur joli appartement. Ensemble, nous visitèrent Turku, ville qui s'élèvera au rang de capitale européenne de la culture en 2011. A nos yeux, une aberration! Cette ville regorge de gros bâtiments à l'aspect lourd et imposant, aux façades ternes et trop carrées. Aucun charme véritable, pas même lorsqu'on se ballade le long de la rivière où d'immenses bateaux-restaurants attendent impatiemment des touristes en quête d'un instant détente.
Ce que nous garderons de cette ville fut la rencontre de nos hôtes avec qui nous partagèrent des discussions passionnantes sur nos voyages respectifs.

Ce qui nous marqua par-dessus tout fut sans doute le finlandais-même. Pour la première fois, nous fûmes comme ensorcelés par les intonations de cette langue mélodieuse. On eût cru qu'elle provenait d'un monde fantastique, comme sortie de la bouche des elfes. Et lorsque nous entendîmes, la nuit tombée, la voix de la maman lire une histoire à ses deux petites filles, il nous sembla que de ses mots sortait une formule magique. Nous attendîmes son dernier souffle...mais rien ne se produisit. Personne ne fut changé en limace, Dieu merci!
La Finlande aura mis sur notre chemin des personnes avec lesquelles nous partageâmes des moments très forts, et ce fut davantage cela que nous appréciâmes plus que les paysages, puisque nous passâmes que très peu de temps à découvrir les environs. Déjà émus à l'idée de quitter toutes ces personnes, nous nous apprêtâmes à mettre un terme à notre tour d'Europe. Notre billet InterRail parvenait à son échéance.
Nous allions, enfin, pénétrer en territoire russe, instant tant attendu de notre périple puisque c'est de là que nous allions faire route à bord du Transsibérien! Comment se passerait l'entrée dans ce pays aux frontières encore difficilement franchissables? Appréhension, excitation, incertitudes malgré notre visa en main...
Qu'allait nous réserver ce pays gigantesque???
